N'ayez cure d'escapades,
Vous qui commencez à déchoir,
Car guéris sortent les malades
Du gai cabaret du "Chat Noir "

Affiche dessinée par Steinlen Programme du Chat Noir Journal n° du 1er sept. 1888
Injustice du sort, nous ignorons le sobriquet que portait ce matou qui devait pourtant donner son nom au plus fameux cabaret montmartrois : Le Chat Noir.
Ce cabaret régna sur le Paris intellectuel, bohème et littéraire de la fin du XIXème siècle.
C'est en 1881 que le marchand de vin Rodolphe Salis,
amateur de poésie, ouvre son premier établissement au 84, boulevard Rochechouart. Le soir où il vient visiter le local abandonné, Salis est accueilli par les miaulements d'un pauvre chat noir, maigre à faire peur qui s'est perché sur un réverbère voisin. Il donnera l'hospitalité à l'animal : le nom de son établissement est trouvé, d'autant plus qu'il rend hommage à Edgar Allan Poe et à l'une de ses plus fameuses Histoires extraordinaires !
Mais où est la vérité ? La chanteuse Yvette Guilbert, future habituée des lieux, nous donne une autre version des faits : " Un chat noir, vieux matou qu'on trouva dans la boutique, donna son nom au cabaret qu'on y installa. Il en fut la mascotte. "
Quoi qu'il en soit, le Chat Noir inspira les artistes montmartrois, Willette le représenta sur l'enseigne du cabaret et, dans la salle, il figura sur un tableau, aux pieds d'une madone. Le Chat Noir reçut la visite de tout ce que Paris comptait de talents, qu'il s'agisse d'écrivains, de poètes, de musiciens, de chansonniers, de peintres ou de dessinateurs : Charles Cros, Alphonse Allais, Steinlen, Toulouse-Lautrec... Aristide Bruant, le plus célèbre des chansonniers montmartrois composa l'hymne de l'établissement : la Complainte du Chat Noir aussitôt un classique que le public reprenait en choeur tous les soirs :
Le succés aidant, Rodolphe Salis transféra le Chat Noir dans un autre lieu de Montmartre, un immeuble de trois étages rue de Laval (aujourd'hui rue Victor-Massé).
Le décor était tout à la gloire du célèbre félin. Outre la Vierge au chat de Willette, on pouvait admirer une ahurissante cheminée de Grasset, dont les colonnes byzantines supportaient deux chats, flanqués de la devise " Montjoye Montmartre ", et qui étaient eux-mêmes surveillés par deux autres matous en équilibre sur des missels ! Un trumeau montrait aussi le chat noir effrayant une oie blanche : il s'agissait de moquer le public bourgeois, effaré par l'esprit montmartrois, " chatnoiresque ", pour reprendre l'expression en vogue à l'époque. Dans les différentes salles, Salis fit réaliser des décors pseudo-historiques, sous l'égide d'illustrateurs tels que Henri Rivière et Caran d'Ache. Il créa également, avec l'aide d'Henri Rivière, un théâtre d'ombres en couleurs sur lequel furent donnés de véritables petits chefs d'œuvres.
Les amateurs se pressaient pour entendre les chansonniers, assister aux spectacles d'ombres chinoises, rencontrer les artistes et écrivains présents, dans une atmosphère haute en couleurs. Le Chat Noir acquit une notoriété universelle, non seulement par la valeur de ses illustres Chansonniers : Mac Nab, Jules Rouy, Delmet, etc, mais aussi par la qualité et le talent des écrivains et des artistes qui en étaient les principaux habitués ; on y cotoyait chaque soir Maurice Donnay, Edmond Haraucourt, Jean Richepin, Georges Courteline, Alphonse Allais, Caran d'Ache, Steinlen, Wilette et tant d'autres qui furent les amis et les collaborateurs de Rodolphe Salis
***
Pour assurer la promotion du cabaret, Rodolphe Salis créa la revue hebdomadaire littéraire et satyrique, elle aussi baptisée Le Chat Noir qui parut de janvier 1882 à 1895 et incarna l'esprit « fin de siècle ». Elle avait pour collaborateurs Alphonse Allais, Guy de Maupassant, Barbey d'Aurevilly, Victor Hugo, Huysmans, Edmond de Goncourt ; Gounod et Massenet y assurèrent la critique musicale, tandis que les illustrations étaient signées Steilen, Willette et Léandre. Caran d'Ache y donnait des scènes militaires et Willette des Pierrots et des Colombines.
Cette revue baptisée Chat Noir était une feuille de quatre pages paraissant le samedi, en voici un exemplaire en date du samedi 1er septembre 1888.
Journal Le CHAT NOIR du 1er septembre 1888

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La gloire du Chat Noir perdura jusqu'en 1897. Mais la fascination pour Montmartre touchait à sa fin. En 1896, à la mort de Rodolphe Salis, les artistes se dispersèrent et le "Chat Noir", doucement, disparut.
Rodolphe Salis avait, en tout cas, avait tordu le cou à la vieille peur médiévale du chat noir, qui symbolisa dès lors l'esprit, l'intelligence et l'humour satirique. Les chats noirs avaient bien besoin de cette réhabilitation !

Enseigne du cabaret "Le chat noir"
Cette enseigne est conservée au Musée Carnavalet (Paris), elle fut accrochée aux deux adresses successives du cabaret jusqu'à sa fermeture en 1897.
Dix ans plus tard, Jehan Chargot entreprit de le ressuciter et de continuer, en la modernisant, l'oeuvre de son illustre prédécesseur. Et de nouveau la glorieuse enseigne s'alluma au "Chat Noir", 68 boulevard Clichy.
Programme du Chat Noir 68 Bd Clichy-Paris et carte postale photo du Chat Noir de la même époque
Le Chat Noir chanté par Aristide Bruant
| La lune était sereine, Quand, sur le boulevard, Je vis poindre Sosthène Qui me dit : cher Oscar ! D'où viens-tu vieille branche? Moi, je lui répondis : C'est aujourd'hui dimanche, Et c'est demain lundi.. |
Je cherche fortune |
La lune était moins claire, Lorsque je rencontrai Mademoiselle Claire A qui je murmurai : Comment vas-tu, la belle ? Très bien - Et vous ? merci. - A propos, me dit-elle, Que cherchez-vous ici ? |
| La lune était plus sombre, En haut les chats braillaient,, Quand j'aperçus dans l'ombre ? Deux grands yeux qui brillaient. Une voix de rogomme Me cria : Nom d'un chien ! Je vous y prends, jeune homme, Que faites-vous ? - Moi...rien.. |
|
La lune était obscure, Quand on me transborda Dans une préfecture, Où l'on me demanda : Etes-vous, journaliste, Peintre, sculpteur, rentier, Poète ou pianiste ?... Quel est votre métier |


Roulotte "publicitaire" du cabaret du Chat Noir
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Le boulevard de Clichy est un lieu groupant de nombreuses salles de spectacles et où logèrent maints artistes :
- au n° 6, le peintre Degas a vécu et est mort au 5e étage de cette maison, en 1917 à 83 ans.
- au n° 36, actuellement théâtre de Dix-Heures.
- au n° 42, emplacement du Café du Tambourin où Van Gogh exposa ses toiles en 1887.
- au n° 64, cabaret Les Trois Baudets.
- au n° 68, ancien emplacement du célèbre cabaret Le Chat noir (deuxième version par Jeahan Chargot)
- au n° 82, à partir de 1889, emplacement du Bal du Moulin-Rouge, fondé par Joseph Oller.
- au n° 100, théâtre des Deux-Ânes.
- au n° 130, Logis de Picasso en 1909
Source : CabaretCabaret de Lionel Richard chez Plon
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